Vendredi 25 juin: 2h du matin. Notre avion en provenance de Brasilia atterrit à l'aéroport de Manaus. Certes, les
horaires sont pénibles, mais les vols de nuit sont nettement moins chers, alors on n'hésite pas longtemps... Et de toute façon, pour rejoindre Manaus en plein coeur de la jungle amazonienne, y'a
pas 36 solutions: soit la route depuis le Vénézuela, soit le bateau depuis Belem, au nord, soit l'avion.
2h30 du matin: la claque dans la gueule au moment de passer les portes de l'aéroport climatisé: on a beau être au
milieu de la nuit, il fait quand même 25°C et l'humidité étouffante nous prend à la gorge. C'est bien simple, à partir de maintenant et pour toute la durée de notre séjour dans la région, on ne
cessera plus une minute de transpirer. Manaus ou la sudation perpétuelle... Tu prends une douche -froide-, et tu n'es même pas sorti de la salle de bain que tu es déjà collant! Mais bon, on
s'habitue à la longue...
On file en taxi rejoindre l'auberge de jeunesse de la ville afin de se mettre rapidos au pieu!
Le lendemain, on émerge difficilement, assommés par notre courte nuit, mais également par la chaleur: le thermomètre
dépasse allègrement les 35°C. Et puis on découvre Manaus: 2 millions d'habitants, des tours de verre et de béton, des grands magasins, etc. Si si, on est bien au milieu de la jungle, mais faut le
savoir, parce qu'au premier abord ça ne se voit pas! Si, peut-être à l'ambiance très décontractée qui règne dans les rues: tout le monde déambule -et travaille- en débardeur, short et tongs...
Une tenue et un état d'esprit qu'on a vite adoptés, pour se fondre dans la foule!
En fait, pour se rendre véritablement compte de la situation géographique de la ville, il faut s'approcher du fleuve
qui passe à Manaus: là, au loin, la forêt est bien présente. Pour info, Manaus ne se trouve pas au bord de l'Amazone, mais du Rio Negro, son principal affluent. Ce dernier rejoint le fleuve
Solimões une dizaine de kilomètres en aval de la ville, pour former l'Amazone proprement dit. Un truc de dingue, d'ailleurs, ce fleuve: tellement large par moment qu'on dirait carrément la mer!
Jusqu'à 40km d'envergure, si si! Par ailleurs, on se situe actuellement à la toute fin de la saison des pluies. Résultat: le niveau du fleuve est à son maximum, 15 à 20 mètres au-dessus de son
niveau normal, et pas mal d'arbres et d'îles sont complètement englouties sous les eaux, élargissant d'autant l'étendue de l'Amazone. Quant au débit, il est énorme. L'Amazone fournit un cinquième
de l'eau douce mondiale, et chaque habitant de la planète pourrait remplir une bouteille d'eau de 2 litres toutes les 15 secondes. Bref, c'est pas un petit joueur, l'Amazone!
A Manaus, pas grand chose à visiter: si, le théâtre, vraiment sympa. Construit au temps de l'apogée du caoutchouc
-ressource principale de la ville au début du XX° siècle-, tous les matériaux ont été importés d'Europe. Du coup, ça fait bizarre de trouver un théâtre version « Belle Epoque » en plein
coeur de la jungle! Le plus marrant cependant, c'est de chausser les patins par-dessus les tongs, obligatoires pour pénétrer dans la salle de réception. On a bien rigolé
franchement...
Mais bon, si on est venu là, c'est avant tout pour faire un petit tour dans la jungle. En route, donc, pour trois jours
de survie.. mais avec une agence quand même, hein! Première étape: la rencontre des eaux. Fait étonnant, à l'endroit où le Rio Negro et le fleuve Solimões sont censés se retrouver et se mélanger
l'un à l'autre, eh bien les deux cours d'eau coulent ensemble mais sans jamais se « mixer » pendant une dizaine de kilomètres. Depuis le bateau, le phénomène est bien visible: on
distingue très bien la ligne de partage entre les eaux noires du Rio Negro et les eaux plus jaunes du Solimões. En cause: la différence de température, de rapidité et de densité des deux
affluents.
Deuxième étape: les nénuphars géants. Tout ronds, larges et plats, ils peuvent supporter un poids de 40 kg sans couler!
On a même droit à quelques fleurs écloses, ce qui ne gâche rien au spectacle. Par contre, on apprécie moins la venue en pirogue de quelques locaux qui, en échange de quelques pièces, propose aux
touristes de prendre des photos avec un paresseux dans les bras, un boa autour du coup ou un bébé caïman sur les genoux. Pauvres bêtes, trimballées sans ménagement comme de vulgaires poupées.
Nous, on refuse tout net -ce qui n'est pas le cas de la plupart de nos collègues, trop contents d'avoir « la » photo qui tue... Devant notre air réprobateur, le guide nous explique que
« c'est un moyen d'aider les populations locales, qui n'ont pas beaucoup de revenus ». Peut-être, mais au détriment d'animaux sauvages, franchement, on ne cautionne pas, un point c'est
tout! D'ailleurs, on ne prendra aucune photo de ce genre pour être tranquille avec notre conscience. Mais Lou ne décolère pas, et je la comprends...
Après une bonne heure de pirogue, arrivée au lodge, une maison rustique flottante en bois construite sur un bras du Rio
Negro. Déjeuner sur la terrasse face à un décor de carte postale, puis après-midi baignade dans ce petit paradis, où l'on croisera même quelques dauphins d'eau douce en train de s'ébattre devant
le lodge. Faut dire que la chaleur est suffocante... Et le point positif -et même très positif!-, c'est que les moustiques n'affectionnent pas particulièrement eaux trop acides du Rio Negro.
Tranquillité assurée, donc, c'est pas négligeable!
L'après-midi se poursuit par une partie de pêche au piranha où, comme lors de notre précédent séjour dans la jungle en
Bolivie, le compteur affiche désespérément un zéro pointé, après 1h30 à attendre le poisson... Seul Fabio, notre guide, parviendra à en choper deux! En route, nous croisons un adorable paresseux,
suspendu peinard à sa branche. Bien entendu, ça n'a pas loupé: Fabio s'empresse d'attraper l'animal – soit dit en passant, vous avez déjà vu un paresseux tenter de s'enfuir? C'est pitoyable
d'impuissance, pauvre bête...- pour que les trois touristes qui nous accompagnent puissent faire une photo. Nous, on refuse de nouveau, sous le regard étonné de notre guide. Je sens Lou qui bout
intérieurement, franchement on a du mal à comprendre. Mais comment ça se fait que des natifs, des mecs nés ici, osent malmener leur propre environnement? C'est bien triste...
Retour au lodge sur fond de soleil couchant. La lumière est carrément magique, et l'horizon s'embrasse de teintes
orangées. Sublime!
Le soir, après le dîner, rebelote: nous partons à la recherche des crocos, dans la nuit, sur le fleuve. Sans trop de
succès malheureusement (c'est la pleine lune et nous sommes trop « visibles »), mais Fabio parvient tout de même à capturer un bébé caïman, que chacun exhibe fièrement « pour la
photo ». Sauf nous...
Première nuit au lodge, on expérimente les hamacs. Malgré nos craintes, c'est plutôt confortable! Autre avantage: on
évite de coller dans les draps, vu la chaleur...
Vers 5h, peu avant l'aube, Fabio réveille nos trois compagnons autrichiens -un père et se deux filles- pour aller
admirer le lever du soleil. Nous, on a décliné l'invitation la veille: trop crevés, on préfère dormir, et puis on y a déjà eu droit en Bolivie. Une excellente décision de notre part, d'ailleurs,
puisque nous les entendons revenir trois minutes plus tard, le moteur de la pirogue ayant refusé de démarrer! Petit-dèj, baignade matinale, puis direction les « iguarapés », ces forêts
d'arbres totalement inondées après la saison des pluies, à travers lesquelles on ne peut se balader qu'en bateau. Notre recherche d'animaux est, avouons-le, un échec. Beaucoup de bruit, mais pas
une seule bestiole qui pointe son nez. On apercevra quand même un serpent se faufilant silencieusement sur une branche juste au-dessus de nos têtes. Puis direction un village « local »
(celui de notre guide, en fait), pour découvrir le mode de vie des natifs de la région. Certes, les mecs vivent plus ou moins isolés, certes ils en chient dans les champs de manioc, mais
attention, ce ne sont pas non plus les tribus indigènes à poil avec étui pénien, arcs et flèches et maison en bouse de vache! Non, ici, y'a quand même l'électricité, une antenne téléphonique et
la retransmission en direct des matchs de la Coupe du Monde!
Mais c'est l'après-midi que commence la véritable expédition de survie, version Koh-Lanta: cette fois, nous quittons le
bord du fleuve pour nous enfoncer au coeur de la forêt amazonienne, afin de passer une nuit dans la jungle à la belle étoile. Après une heure de bateau et une petite heure de marche suffocante,
nous nous arrêtons dans une sorte de mini-clairière: c'est là que nous allons dresser le camp. Ni une ni deux, notre guide commence à abattre quelques arbres à la machette pour monter les
armatures de notre « cabane ». Une bâche pour le toit, deux rondins pour tendre les hamacs, voilà pour le « palace ». Eh Fabio, t'as oublié les couverts; et comment on fait
pour la bouffe? Pas de souci, Fabio, c'est Mac Gyver. Le mec nous construit une table en bois, nous taille des cuillères dans une branche de palmier et nous fait des assiette en feuille de
bananier. Puis il s'occupe du feu, façonne une broche artisanale pour le poulet et met la marmite à bouillir au dessus des flammes. Et nous, pauvres citadins perdus, on regarde ça émerveillés...
Comme quoi, faut parfois revenir aux choses les plus simples, mais aussi les plus essentielles!
Deuxième nuit en hamac (sous moustiquaire!). Lou passe au peigne fin sa couche à la recherche de la moindre petite
bébête et s'empresse de colmater tous les accès au hamac afin de prévenir toute intrusion! Faut dire que ça grouille pas mal dans le coin, vu les bruits étranges qu'on entend tout autour de
nous...
Réveil vers 6h30 pour enchaîner sur deux heures de balade dans la forêt, le ventre vide. On croise la route d'une
colonie de singes et de la plus grosse mygale qu'il nous ait jamais été donné de voir. La plus grande du Brésil, nous précise Fabio pour nous rassurer! Plus large que ma main et bien velue, ça
fait froid dans le dos! Retour au camp pour prendre un petit-dèj bien mérité. Avant de quitter les lieux, passage aux toilettes « naturelles », derrière un arbre. Ou comment faire ses
besoins face à un serpent, tranquillement en train de roupiller entre les racines, à 30cm de mes attributs (non, c'était pas prévu, je ne m'en suis aperçu qu'au bout de quelques secondes...). Pas
moyen d'être peinard, dans cette foutue jungle! La deuxième rencontre avec un reptile se fera sur le chemin du retour: l'animal, pas bien grand, était lové en boule au milieu du sentier et a
failli se retrouver sous ma chaussure (et moi aux urgences?). Bref, à la fin de notre troisième jour, on n'était pas fâché de retrouver un semblant de civilisation à Manaus! Attention, pour ceux
qui connaissaient la Loulou d'avant le voyage, je dois les mettre en garde: vous risquez de ne plus la reconnaître au retour: même plus peur de dormir dans la jungle, même plus peur des petites
bêtes (tant qu'elles restent à distance, hein...), même plus peur de sentir le chacal trois jours durant, même plus peur de porter les mêmes fringues pendant une semaine, même plus peur d'avoir
quelques poils aux pattes... Partie princesse, elle revient Rambo!
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