Jeudi 10 juin: Bem vindo ao Brasil! Ca y est, nous y voilà finalement, au Brésil! On va enfin pouvoir mettre en pratique nos trois mois assidus d'apprentissage de la méthode Assimil en portugais qu'on se trimballe depuis le début du voyage -bon d'accord, on avoue, on a juste bachoté en dilettante quelques jours avant...
Mais auparavant, passage express par le Paraguay, à Cuidad del Este, la ville-frontière avec le Brésil. Non pas pour le plaisir de visiter l'endroit -qui doit faire partie du top 10 des villes les plus moches du monde-, mais parce que prendre un bus pour São Paulo depuis le Paraguay coûte 1,5 fois moins cher que de partir depuis Iguazu en Argentine, et presque 2 fois moins cher que depuis le côté brésilien! Direction Cuidad del Este, donc, non sans être passé momentanément par le Brésil -sans s'arrêter-, puisque le Paraguay n'a, à cet endroit, pas de frontière commune avec l'Argentine. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, hein...
Cuidad del Este: zone franche où tous les Brésiliens viennent faire leurs courses à prix cassé. Forcément, ça grouille, c'est dégueulasse, et surtout, c'est extrêmement pauvre. Sûrement la première fois depuis huit mois que nous sommes confrontés à un tel niveau de dénuement. Des gamins qui dorment en guenille dans les caniveaux, des installations de fortune au beau milieu de la ville, faites de bouts de bois et de sacs poubelle en guise de toit, des fillettes de 12 ans portant des bébés dans les bras... Une pauvreté qui touche essentiellement les Paraguayens descendants des indiens guaranis, immédiatement identifiables à leurs traits « amazoniens » si caractéristiques. Si les Brésiliens et les Argentines sont relativement « blancs », eux sont au contraire très mats de peau, les cheveux noirs et raides et la lèvre proéminente. Mais le plus choquant, c'est que tout cela semble « normal », la vie continue, les gens passent sans même jeter un oeil, les bus circulent au milieu des taudis, peinards. La banalisation de la misère, l'acceptation de l'inacceptable: premiers pas vers la déshumanisation... Nous, on a plutôt envie de gerber et de se révolter, mais bon, le monde a d'autres chats à fouetter: demain, c'est le début de la coupe du monde de football, et ça ça préoccupe nettement plus les gens...
Dire qu'une population entière crève de misère, alors qu'à moins de 10 km de là, quelques touristes fortunés sont tranquillement installés dans leur suite au Sheraton à 500 euros la nuit avec vue sur les chutes. C'est effarant comme une simple frontière peut créer des inégalités. Va lui dire, au gosse qui joue dans la décharge, que ça n'est pas de sa faute s'il va en chier toute sa vie, que c'est simplement parce que qu'il est né du mauvais côté de la frontière. Pas de bol, mon gars... C'est con, hein! Et dieu, dans tout ça?
Nous voilà donc à Cuidad del Este, à la frontière Paraguay-Brésil. C'est d'ailleurs ici que le bus choisit de nous déposer, et non à la gare routière, parce que, rappelons-le, les mecs n'ont aucune envie d'attendre deux petites minutes que les touristes fassent tamponner leur passeport pour continuer. Z'avez qu'à prendre le prochain bus! Super, on se retrouve avec nos sacs-à-dos, au milieu d'une cohue peu rassurante, transformés en proies vivantes. Ni une ni deux, on se chope le premier bus qui va au terminal et on dégage d'ici rapidos! Font pas les fiers, nos deux voyageurs, là...
S'ensuivent 4h30 d'attente dans la gare routière pourrie de Cuidad del Este: deux heures et demi parce qu'on avait prévu large, une heure de décalage horaire et une heure de retard du bus!
Enfin, on peut partir! Dernier passage de frontière pour rentrer au Brésil -notre cinquième en deux jours!-, et direction São Paulo en bus de nuit. 1100 bornes, 14h de trajet, c'est grand le Brésil!
Arrivée dans cette tentaculaire métropole de 16 millions d'habitants au petit matin. Vision impressionnante: du béton partout, des autoroutes à 6 voies, des échangeurs dans tous les sens, des kilomètres de bouchons, une nuée de tours et... la pluie! Pas vraiment l'image idyllique qu'on s'était fait du Brésil! Mais São Paulo est à part: la ville n'a pas grand chose de touristique, c'est le coeur économique de tout le pays. Nous, on y fait étape seulement pour séjourner quelques jours chez François, un ami des parents de Lou qui vit là-bas depuis quelques années. Métro puis taxi -c'est le moment de baragouiner nos quelques phrases en brésilien! Euh, pas facile...- pour se rendre chez lui dans les quartiers chics de São Paolo. Par quartier chic, entendez « ghetto de riches »: des tours immenses, entourées par de hauts murs et des fils électriques et dotées d'un double portail protégé 24/24h par des gardiens. Apparemment, les problèmes de sécurité au Brésil ne sont pas un mythe...
Nous sommes reçus comme des rois par François et son fils Alexandre: une très bonne literie, une chambre avec salle de bain pour nous, la possibilité de faire son linge, etc. C'est mieux qu'à l'hôtel, dis donc!
Trois jours de repos réparateur à profiter d'un peu de confort -c'est fou comme on s'y réhabitue vite!-, de quelques dîners au restau, d'un match de la France sur écran plat, et à préparer la suite du voyage. Dîner très sympa également chez Hélène, la mère d'Alexandre, qui vit elle aussi à São Paulo. Enfin, visite des quelques points d'intérêt de la ville, mais en tour organisé uniquement. Car dès notre arrivée, François a vite fait de nous mettre au parfum: ici, on ne se promène pas à pied, on ne flâne pas: les agressions à main armée sont fréquentes, les vols aussi, mais ça fait partie du quotidien et et personne ne s'en émeut vraiment. Suffit de tout donner au mec, et généralement, ça se termine bien (c'est-à-dire sans bobo)... Ici, personne ne sort sans sa voiture avec vitres teintées (d'où les embouteillages monstres), personne ne se balade dans les rues, les seuls lieux de promenades sont les énormes centres commerciaux, tous les immeubles sont équipés de systèmes de protection, et dotés d'une salle de gym, d'une pièce à vivre et d'une piscine, afin que nul n'ait besoin de sortir de chez lui pour se divertir ou se défouler. Très peu de parcs, donc, peu d'ambiance dans les rues, et peu de vie sociale dehors... Peut-être qu'à la longue, on s'habitue à ce genre de vie, mais clairement, pour Lou et moi, ça n'est pas possible! Trop besoin de liberté, de pouvoir aller et venir sans être constamment sur nos gardes, pour supporter une telle claustration...
D'ailleurs, on décidera quand même de faire un tour à pied dans les quartiers riches, là où c'est susceptible de craindre moins, pour rejoindre l'un des seuls espaces de verdure de la ville. Ca fait du bien! On prendra également le métro et le bus pendant la journée, quand il y a du monde. Par contre, pour la visite du centre historique, groupe obligatoire, on ne prend pas de risque! Bien nous en a pris, effectivement, puisque l'endroit pullule de clochards et de pickpockets. Seuls, on n'aurait jamais osé s'y rendre! La visite est assurée par des guides bénévoles, en partenariat avec le métro. Un bon concept pour faire découvrir les quelques points d'intérêt de la ville -car il y en a malgré tout! Et un bon moyen de « se mettre dans le bain » de la langue brésilienne, puisque les explications ne sont données qu'en portugais (il faut dire que pendant ces deux jours, on sera les seuls touristes étrangers; tous les autres étant des Brésiliens!).
Si São Paulo possède un patrimoine historique limité, elle compense cependant très largement cette carence par un vaste choix culturel: beaucoup de musées, de théâtres, de ciné, d'expo... Et ceux qui -comme nous!- apprécient la bonne chère seront comblés: l'offre de restau est pléthorique: toutes les cuisines du monde sont représentées, du gastronomique au boui-boui de quartier. De l'avis de beaucoup, c'est ici qu'on mange le mieux dans tout le Brésil! En tout cas, nous, on n'a pas eu à se plaindre...
São Paulo: lieu de concentration de la majorité des grandes fortunes du pays et locomotive économique du Brésil. Ville dantesque où les businessmen qui se déplacent en hélico privé côtoient la multitude de miséreux qui envahissent les places, les églises, les porches, etc. Ville des extrêmes où tout semble possible, la puissance et la décadence. Certes, le Brésil est sur un taux de croissance phénoménal, certes son potentiel est gigantesque, mais il semble avoir oublié pas mal de monde en chemin... Pas étonnant que ce soit un des pays où les inégalités de revenus sont les plus fortes.
Trois jours à se prélasser royalement chez François, mais on étouffe un peu dans cette ville « prison » (c'est marrant, ici ce sont les classes aisées qui se mettent volontairement derrière les barreaux pour se protéger des « méchants », c'est le monde à l'envers!). Allez, on enchaîne sur notre prochaine étape: la régions du Minas Gerais, à 600 bornes de là...

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